
Mai Khanh Pham To
Peinture · Broderie · Poésie
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Dans ma peinture, je cherche à créer une poétique de l’espace, une expérience immersive par le format et en même temps profondément humaine et intime.
Mai Khanh Pham To

La beauté d'être soi(e)
Dans la corde, l'âme est le noyau autour duquel les fils s'enroulent, cœur solide qui tient l'ensemble sans être visible.
Jung distingue la persona, le masque que l'on tend au monde pour faire « bonne figure », de l'individuation, ce chemin qui consiste à intégrer toute part de soi, y compris ses zones d'ombre. La société nous dresse à l'acceptable plutôt qu'à l'entièreté. Pour retrouver cette dernière, Jung nous invite à embrasser notre anima, part intérieure, pont entre moi conscient et inconscient, souvent ignorée ou cachée.
Toucher l'âme de l'âme et choisir d'être entier plutôt qu'acceptable.
Avec Anima, Animae, Mai Khanh Pham To et Elisa Uberti empruntent chacune un chemin différent vers l’anima. Chez Mai, elle s'échappe, s'exprime, se libère, s'envole, chatoie : jeter les masques, exposer sa vulnérabilité, laisser la sauvagerie reprendre ses droits. Chez Elisa, flamme intérieure, elle se couve et se protège dans des sculptures-cocons de céramique noire, blanche ou rousse.
Do you want to be whole, or do you want to be good?
On prête cette interjection au psychanalyste Carl Jung.
Mai Khanh Pham To le prend au mot et invite à toucher l'âme de son âme, à embrasser son anima, son intégrité, loin des injonctions permanentes et de performance : spectacle de soi, dépassement de soi, développement de soi.
La beauté d'être soi(e), thème exploré cette année, célèbre cette force primitive et inébranlable. Les peintures de Mai s'ouvrent comme des fenêtres de l’âme, nourrie par une enfance insulaire et sauvage, pieds nus, pas coiffée, sur une terre où le monde policé n'exerçait encore aucun joug : une pulsion de vie instinctive que Clarissa Pinkola Estés appelait la Femme sauvage, celle qui court avec les loups. En exposant une vulnérabilité plutôt qu'en la dissimulant, en tenant bon autour du noyau dur et tendre des rêves, en assumant les désirs et les ombres, Mai jette les masques et invite à embrasser l’entièreté plutôt que l’acceptable.
Le feu intérieur, chez Mai, s'échappe et se répand jusqu'à devenir espace expansif. Le triptyque L'étoffe des rêves (300 x 195 cm) spécialement créé pour Villa Sonneville s'ouvre à la démesure d'une immensité intime, concept déployé par Gaston Bachelard dans sa Poétique de l’espace et fondement de la recherche artistique de Mai. Au travers de quelques pièces de la série Vénus Érotica, sensualité et désir s'exhibent sans fard.
Être soi, soie qui se révèle sous le vernis qui craque du conformisme, comme une robe de douceur.
Et vous, que choisissez-vous ? Être entier ou acceptable ?
Née vietnamienne à Paris en 1975, Mai Khanh et sa famille deviennent réfugiés politiques en avril. Elle passe toute son enfance en Nouvelle-Calédonie avant de rejoindre Paris à 18 ans pour ses études supérieures.
Mai Khanh s’initie au dessin et à la peinture au sein de l’Atelier Le Nain dans le XIVème arrondissement de Paris. Elle suit l’enseignement du peintre Milaine Lung qui lui transmet son savoir en techniques de la peinture acquis auprès de Nicolas Wacker à l’École Supérieure Nationale des Beaux Arts de Paris.
Après un apprentissage riche sur des sujets figuratifs - natures mortes, modèles vivants, paysages, Mai Khanh s’oriente vers l’abstraction et les grands formats.
De 2003 à 2004, elle intègre le Mastère Hypermédia-Multimédia de l'École Nationale Supérieures des Beaux Arts de Paris (Ensba).
Après Paris, elle s’installe à New York et rejoint les ateliers libres de l’Art Student League (ASL) où elle suit pendant un an et demi les cours de Frank O’Cain (Painting, Design, Colour, Composition) et de Kikuo Saito (Color and Drawing).
Mai Khanh vit et travaille actuellement à Roubaix. Elle est membre du collectif d’artistes (IN)Visible fondé par Marion Peylet ainsi que des alumnis du Cercle de l'art, fondé par Margaux Déry